signature d'Odette Camp

LE MONDE

OLIVIER SCHMITT – 24-25 juillet 1983
ODETTE CAMP A CARNAVALET - Dessins de mémoire -

En 1980, le Musée s’est enrichi d’une donation de quarante dessins d’Odette Camp, qu’elle avait elle-même rassemblés sous le titre « PARIS DISPARU ». Délaissant les crayons ou les fusains, elle a fait la découverte de l’encre de Chine et de petits bâtonnets de bois, technique originale qui lui a permis de rendre en l’inventant une capitale très noire et très blanche, un Paris de pierre en clair-obscur.

 

On ne retrouve ici rien du Paris cliché des guides et des magazines, rien du Paris clinquant des boulevards et des avenues. C’est le Paris de toujours, enfoui dans les faubourgs, caché derrière les murs épais, auquel s’est attaché l’artiste. Avec l’exactitude de l’enquêteur minutieux, elle a mené sa reconstitution de main de maître, - de son trait le plus fin pour le Quai de la Marne, dans le 19 ème arrondissement, à son trait le plus fort, le plus gras, pour les hauts murs noirs de la rue des Jardins St Paul.

 

Un beau jour, on démolit le viaduc d’Auteuil, - elle est là qui suit avec tendresse la disparition des piles du pont. Rue Vilin , dans le 20 ème arrondissement, elle saisit de ses bâtonnets un Hôtel cerné d’escaliers, avant que le vent de la modernité ne l’emporte. Le Paris industrieux, celui des ateliers, n’échappe pas non plus à l’œil d’ODETTE CAMP. D’abord, les maisons d’édition, comme celles du Passage St Sébastien, ou les imprimeries, comme celle du Passage des Singes ; la boutique d’un « tapissier – sommier – ébéniste », rue du Grenier-sur-l’Eau, une fabrique de tricots, rue Baudricourt, un émailleur au four, Place St Blaise…

 

Discrètement, au détour d’un dessin, ODETTE CAMP rejoint le bataillon de ceux qui contestent la rénovation abusive de la Capitale. Sur le mur d’un immeuble condamné à la démolition, rue des Jardins-St-Paul, elle remarque un slogan : « Pas d’expulsion sans relogement ». Un de ses derniers dessins s’attache aux contours d’une petite maison de la rue de Romainville. Pierres apparentes, étage biscornu, grilles de bois, arbre noir et nu, le rêve est là qui surprend, bouleverse ; c’est le Paris du cœur des parisiens qui resurgit, celui de la simplicité, de la modestie. L’œuvre d’ODETTE CAMP est précieuse, irremplaçable. Mémoire tranquille et dense, ses dessins sont devenus indispensables.

presse Odette Camp