signature d'Odette Camp

Le Provençal

Edmée SANTY – 24 août 1983
Une Marseillaise pour qui Paris n'avait pas de secrets Odette Camp au Musée Carnavalet

« PARIS disparu » est le titre de l'exposition qui, depuis le 23 juin ‑ et jusqu'à la fin du mois - réunit " 40 dessins à l'encre de chine" d'Odette Camp au Musée Carnavalet.

 

Trois thèmes essentiels: celui des paysages de Corse, d' Espagne et d'autres contrées méditerranéennes, celui des arbres dépouillés, enfin et surtout celui du vieux Paris, de ses beautés disparues, travaux qui trouvent tout naturellement leur place sur les cimaises d'un musée de la capitale dont l'une des vocations est de révéler l'iconographie historique de Paris.

 

Le talent d’Odette Camp est évident. Il se manifeste par une technique originale - encre de Chine et bâtonnets de bois - qui donne au visiteur la nostalgie de ce « Paris disparu », de ces rues, ruelles, places et monuments d'une ville que le tourisme, le gigantisme, la folie du béton n’avaient pas encore banalisée. « Paris disparu », mais surtout « Paris de rêve »...

 

Or, Odette Camp, cette femme pour qui Paris n'avait pas de secret, était une Marseillaise. C'est en notre ville, en effet, qu’elle naquit en 1909. Sa famille maternelle étant d'origine ardéchoise et avignonnaise. Dès l'âge de six ans, Odette « monte à Paris » avec ses parents, et très tôt, suit, dans divers ateliers, puis aux Beaux Arts, des cours de dessin. Adolescente, elle est attirée par toutes les formes artistiques. Mais c'est l'Opéra surtout qui la fascine. Et la voici désireuse d'aller entendre « La Bohème ». Odette se présente donc à l’Opéra‑comique, salle Favart : pas de place. Désappointée, la mort dans l'âme, elle était prête à renoncer quand ‑ miracle! ‑ voilà qu'un billet vient d'être libéré par un spectateur. Dans la pénombre. Odette s'assoit à côté de ce voisin providentiel. Et, à l'entracte, elle remercie l'inconnu qui lui a permis de bénéficier du fauteuil tant convoité. Présentations : son voisin s’appelait Henri Tomasi. Chef d’orchestre, compositeur, un Prix de Rome viendra couronner officiellement sa carrière, ce jeune Corse‑Marseillais (il y est né quasiment avec le siècle, 1901), ne prêtera qu’une oreille distraite à la suite des malheurs pucciniens de la pauvre « Mimi »... Et c'est ainsi qu'Odette Camp devint Mme Henri Tomasi. en 1927. Le couple revint s'installer à Marseille au début de la guerre de 1940.

 

Jusqu'à la mort du compositeur. en 1971, Odette sera la plus fidèle collaboratrice de Tomasi, dont les oeuvres de musique symphonique (« Cymos ». « Vocero », « Don Juan de Manara », furent représentées à I’Opéra de Marseille en présence du compositeur), sans parler des mélodies populaires corses, musiques de ballet, musique de chambre, une messe, une symphonie, un opéra‑comique : « La rosière du village » et trois œuvres maîtresses : « Il poverello », « Le triomphe de Jeanne », « l'Atlantide », témoignent de la richesse et de l'ampleur d*une « nature » exceptionnelle.

 

Mais Odette Camp n'abandonnera jamais pour autant son « violon d'Ingres » : la peinture et le dessin. Heureusement, car outre des projets de décors et plus particulièrement pour « l'Atlantide », l'artiste se consacra, à partir de 1955, à cette recherche nostalgique de paysages et de sites sans vie humaine apparente. Son « Paris » essentiellement « minéral » revit à travers les quarante dessins exécutés de 1950 à 1970, qui font l'objet de I’exposition au Musée Carnavalet.

 

C'est à la générosité de Claude Tomasi, fils d'Henri et d'Odette, que, depuis 1980, ce beau musée doit d’être le dépositaire d'un ensemble de dessins qui méritaient d'être portés à la connaissance des nombreux visiteurs que Paris attire pendant l'été.

presse Odette Camp